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L’intelligence artificielle s’invite dans les ressources humaines

Article paru dans Bilan le 3.10.2017

Souvent vues comme des menaces sur les emplois humains, la robotisation et l'intelligence artificielle pourraient se révéler de précieux atouts dans le domaine de la gestion des ressources humaines. Tour d'horizon des défis et des potentiels.

Les études sur le nombre d’emplois menacés par la robotisation et l’intelligence artificielle (IA) s’enchaînent. «Les services RH sont-ils armés pour gérer les impacts technologiques comme l’IA et les bouleversements éthiques dans le monde du travail? La réponse est non!». Comme une évidence, le constat semblait s’imposer de lui-même lundi 2 octobre, où une centaine de personnes étaient réunies à Genève dans le cadre du cycle de conférences helloRH!, initié par Elsa Berthault de la société Axium.

L’invité de la soirée était Michel Guye-Bergeret, responsable recrutement, marketing RH et intégration auprès des HUG. En tant que passionné de technologies, il n’était pas là pour présenter la stratégie de l’institution mais bien plus en tant qu’agitateur d’idées, notamment pour sensibiliser son auditoire aux challenges de l’IA dans les ressources humaines.

«Nous traitons chaque jour une grande quantité d’informations, mais il est toujours très difficile de se projeter. Il est pourtant essentiel de se renseigner sur ces nouvelles technologies pour anticiper leur impact». Il suggère par exemple un glissement d’une logique de formation continue à celle de «curiosité continue», pour élaborer des stratégies proactives plutôt que réactives face à la technologie.

La gestion du changement dans un monde exponentiel

Pour Michel Guye-Bergeret, il est nécessaire de quitter le registre émotionnel autour de l’IA, pour l’appréhender de manière plus rationnelle et stratégique. «Le problème est que nous n’avons pas de définition unique de l’intelligence... Et encore moins de l’IA! Mais il y a des traits communs entre les deux, autour des facultés d’adaptation, d’apprentissage, d’analyse, de résolution et d’action».

A moyen terme, Michel Guye-Bergeret pense que l’IA peut aider les RH à se décharger de tâches à faible valeur ajoutée, pour se concentrer sur l’humain et la stratégie. Il ajoute que nous sommes aujourd’hui dans une ère de l’IA dite «faible», autour de la reconnaissance vocale, la domotique et la robotique par exemple. Mais l’IA dite forte, renforcée par le machine learning et le deep learning, sera capable de réalisations bien plus complexes.

«Il n’est pas évider de l’anticiper car l’humain, tout comme ses neurones, ont évolué de manière très lente et progressive historiquement. Mais le transistor et les nouvelles technologies comme l’IA évoluent de manière exponentielle». D’où l’importance de se familiariser avec ces enjeux technologiques, car ces changements arriveront plus vite qu’on ne le pense. Un exemple? Foxconn, fournisseur d’Apple, a annoncé l’an dernier déjà la suppression de 60'000 emplois, sur un total de 110'000, pour les remplacer par des robots.

Autre challenge RH d’envergure lié à la digitalisation:recruter des collaborateurs avec des compétences transversales pour des entreprises qui deviennent horizontales. C’est à dire qui ne se limitent plus à un secteur ou un ensemble de métiers délimités. Amazon est par exemple passé de la vente en ligne de livres à celle de produits de grande consommation, puis à la vente de services ou encore de l’hébergement cloud à travers Amazon Web Services.

Comme l’a rappelé Elsa Berthault, qui avait accueilli le directeur d’IBM Suisse dans un précédent helloRH!, IBM est en pleine transformation de son modèle d’affaires et de ses métiers. «Un vrai challenge RH quand il s’agit d’accompagner 370'000 collaborateurs vers une logique d’intelligence artificielle, avec son système Watson.»

Le candidat augmenté

Mais l’IA n’est qu’un début. «Lorsque vous aurez en face de vous un candidat humain ou un candidat augmenté, lequel choisirez-vous? Et sur la base de quels critères?», se demande Michel Guye-Bergeret. La question interpelle mais n’est pas anodine. Après la conquête du big data et de l’intelligence artificielle, le transhumanisme est la prochaine étape.

Le transhumanisme est un courant de pensée estimant qu’il faut utiliser toutes les avancées scientifiques ou techniques pour améliorer les caractéristiques physiques et mentales des être humains. Ce mouvement a pris de l’ampleur dans la Silicon Valley dans les années 1990, précisément là où se trouvent aujourd’hui les plus grandes entreprises mondiales. Tous les géants de la Tech investissent des milliards chaque année dans des projets liés à l’IA ou à l’humain augmenté.

Pour l’heure, Michel Guye-Bergeret relève que le débat public en Europe autour de ces questions reste embryonnaire. Les enjeux dépassent largement le cadre des RH pour définir ce qui est humain de ce qui ne l’est pas. Ou ce qu’il reste à inventer.

Article paru dans Bilan le 3.10.2017 et rédigé par Marjorie Théry

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